Vous regardez votre fiche de paie et vous vous demandez si votre salaire est bien au niveau qu’il devrait être ? Le SMIC n’est pas le seul plancher : votre convention collective fixe elle aussi un minimum, le salaire minimum conventionnel. Et dans la plupart des branches, il est supérieur au SMIC. Encore faut-il savoir le trouver, le calculer et le vérifier. Ce guide vous explique comment, avec des exemples chiffrés par branche.
Qu’est-ce que le salaire minimum conventionnel ?
Le salaire minimum conventionnel (SMC) est le salaire brut minimum qu’un employeur doit verser à un salarié, tel qu’il est fixé par la convention collective applicable dans l’entreprise. Chaque convention définit une grille : des coefficients, des niveaux ou des positions, parfois une valeur du point. À chaque coefficient correspond un montant brut mensuel — ou annuel — minimum. Votre employeur ne peut pas descendre en dessous, sauf à vous devoir un rappel de salaire.
Le SMC s’applique à tous les salariés couverts par la convention, en CDI comme en CDD, à temps plein comme à temps partiel. Il dépend de votre classification, c’est-à-dire du poste que vous occupez réellement, de son niveau de responsabilité et de l’autonomie qu’il exige — pas de votre diplôme seul, ni de votre ancienneté seule. Les grilles sont négociées par les partenaires sociaux et révisées par avenant, en général une fois par an. Quand une branche tarde à revaloriser sa grille, le minimum conventionnel peut passer sous le SMIC, et c’est alors le SMIC qui prend le relais.
Salaire minimum conventionnel ou SMIC : quelle différence ?
Les deux planchers se superposent, et c’est toujours le montant le plus favorable au salarié qui s’applique :
| SMIC | Salaire minimum conventionnel | |
|---|---|---|
| Fixé par | L’État, par décret | Les partenaires sociaux de la branche |
| Champ | Tous les salariés de France | Les salariés d’une branche donnée |
| Montant 2026 | 12,31 € brut / heure, soit 1 867,02 € brut mensuels | Variable : de 1 815 € à plus de 5 700 € brut selon la branche et le coefficient |
| Revalorisation | Au 1er janvier, et en cours d’année si l’inflation l’exige | Par avenant de branche, en général une fois par an |
Un exemple : dans la convention Syntec, le minimum d’un ETAM en position 1.1 (coefficient 240) est de 1 815 € brut mensuels. Or le SMIC mensuel brut est de 1 867,02 € depuis le 1er juin 2026 : le minimum conventionnel étant inférieur au SMIC, c’est le SMIC qui s’applique.
À l’inverse, un cadre Syntec en position 2.2 (coefficient 130) a un minimum conventionnel de 2 850 € brut mensuels : largement au-dessus du SMIC, c’est donc le minimum conventionnel qui compte.
Attention, en 2026, deux valeurs du SMIC se sont succédé : 12,02 € de l’heure (1 823,03 € mensuels) de janvier à mai, puis 12,31 € de l’heure (1 867,02 € mensuels) à partir du 1er juin, après une revalorisation de +2,41 %. Comparez toujours votre grille au SMIC en vigueur à la date de votre paie.
Comment trouver votre grille de salaire minimum ?
Quatre endroits, dans cet ordre :
- Votre fiche de paie. Elle indique le nom de la convention collective et, le plus souvent, votre coefficient, votre niveau ou votre position. C’est le point de départ de toute vérification — apprenez à décoder chaque ligne de votre fiche de paie.
- Votre contrat de travail. Il mentionne la convention applicable et votre classification à l’embauche. Si votre poste a évolué depuis, c’est la classification réelle du poste qui compte, pas celle écrite il y a cinq ans.
- Le Code du travail numérique (code.travail.gouv.fr). Vous y trouvez le texte de votre convention en cherchant par son nom ou par le nom de votre entreprise.
- Légifrance. La base des conventions collectives permet de retrouver le texte intégral et les derniers avenants salariaux à partir du numéro IDCC de votre branche — un identifiant à quatre chiffres, par exemple 1518 pour la convention ECLAT ou 2264 pour l’hospitalisation privée.
Si vous ne trouvez rien, demandez le texte à votre employeur : il est tenu de le mettre à votre disposition. Les délégués du personnel et les organisations syndicales de votre branche peuvent aussi vous fournir la grille en vigueur.
Comment calculer votre salaire minimum conventionnel ?
Selon les branches, le minimum se calcule de trois façons différentes. Voici les trois méthodes, chacune avec un exemple réel tiré d’une grille 2026.
Méthode 1 : la grille forfaitaire
La convention donne directement un montant brut mensuel pour chaque coefficient : il suffit de lire le montant qui correspond à votre position. C’est le cas de Syntec, la convention des bureaux d’études, du numérique et du conseil.
Exemple : un ETAM Syntec en position 2.2, coefficient 310, a un minimum de 1 905 € brut mensuels pour 35 heures. En net, cela représente environ 1 486 € (1 905 × 0,78, à titre indicatif — convertissez votre brut en net avec le détail des charges pour un chiffre précis).
La grille Syntec des ETAM, pour un temps plein, donne par exemple : position 1.1 (coefficient 240) : 1 815 € ; position 2.1 (coefficient 275) : 1 875 € ; position 2.3 (coefficient 355) : 2 045 € ; position 3.3 (coefficient 500) : 2 490 €. Chez les cadres, les montants montent beaucoup plus vite : position 1.1 (coefficient 95) : 2 135 € ; position 2.1 (coefficient 115) : 2 530 € ; position 3.3 (coefficient 270) : 5 755 €.
Méthode 2 : le coefficient multiplié par une valeur du point
Certaines conventions fixent une valeur du point et un coefficient de base. Le minimum se calcule alors par une formule. C’est le cas de la convention ECLAT (Éducation, Culture, Loisirs et Animation au service des Territoires, IDCC 1518), dont l’avenant n° 208 fixe depuis le 1er janvier 2026 une valeur de point V1 de 7,23 € et une valeur V2 de 6,81 €.
La formule est la suivante : salaire minimum brut mensuel = (245 × V1) + (coefficient − 245) × V2, pour un temps plein à 35 heures.
Exemple : un animateur au coefficient 255, hors ancienneté. Le calcul donne 245 × 7,23 € = 1 771,35 €, plus 10 × 6,81 € = 68,10 €, soit 1 839,45 € brut mensuels. Mais attention : ce montant est inférieur au SMIC de 1 867,02 €. Le plancher effectif est donc le SMIC, et l’employeur doit compléter de 27,57 € par mois. C’est le cas typique des branches dont la valeur du point n’a pas suivi le SMIC.
Méthode 3 : l’indice et la valeur du point
Troisième variante : le minimum annuel se calcule à partir d’un socle et d’une valeur par point au-delà. C’est le système de la convention des cabinets d’experts-comptables, dont la formule 2026 est : salaire annuel brut minimum = (164 × 132,69 €) + ((coefficient − 164) × 80,55 €).
Exemple : un assistant confirmé au coefficient 260. Le calcul donne 164 × 132,69 € = 21 761,16 €, plus 96 × 80,55 € = 7 732,80 €, soit 29 493,96 € brut annuels, c’est-à-dire 2 457,83 € brut mensuels.
Temps partiel : le minimum se calcule au prorata
Le salaire minimum conventionnel s’applique aussi aux temps partiels, au prorata du temps de travail. La règle est simple : minimum à temps partiel = minimum à temps plein × (heures contractuelles ÷ 35).
Exemple : un ETAM Syntec en position 2.1, dont le minimum à temps plein est de 1 875 € brut mensuels, travaille 28 heures par semaine. Son minimum est de 1 875 × 28 ÷ 35 = 1 500 € brut mensuels. Le SMIC proratisé pour 28 heures est de 1 867,02 × 28 ÷ 35 = 1 493,62 € : le minimum conventionnel proratisé (1 500 €) reste supérieur, c’est donc lui qui s’applique. Pour vérifier votre cas, utilisez le calculateur de temps partiel.
Que compte-t-on dans la comparaison avec le minimum ?
Tout ce qui figure sur votre fiche de paie ne compte pas dans la comparaison avec le minimum conventionnel. Chaque convention fixe ses propres règles, mais la logique est partout la même : on compare le salaire de base et les éléments stables de la rémunération, pas les primes exceptionnelles ni les remboursements.
Dans la convention Syntec, par exemple, l’article 7.1 exclut de la comparaison : les primes d’assiduité, de participation et d’intéressement ; les primes et gratifications à caractère exceptionnel ; les remboursements de frais professionnels et les indemnités de déplacement ; la rémunération des heures supplémentaires et complémentaires ; et l’indemnité compensatrice de congés payés. À l’inverse, les avantages en nature (logement, véhicule) évalués d’un commun accord et mentionnés dans le contrat de travail sont inclus.
La même convention autorise une souplesse mensuelle : la rémunération mensuelle peut descendre jusqu’à 95 % du minimum hiérarchique — 92 % s’il existe un 13e mois dans l’entreprise — à condition que le douzième de la rémunération annuelle ne soit jamais inférieur au minimum.
Le piège classique : un salaire de base de 1 850 €, plus une prime d’assiduité de 100 €, soit 1 950 € versés au total. Si le minimum conventionnel est de 1 905 €, tout semble en ordre — sauf que la prime d’assiduité ne compte pas dans la comparaison. La base comparable est de 1 850 €, inférieure de 55 € au minimum : l’employeur doit 55 € de rappel chaque mois, soit 660 € par an.
Exemples chiffrés par branche en 2026
Le tableau ci-dessous récapitule les minima de plusieurs branches, avec le plancher réellement applicable une fois le SMIC pris en compte.
| Branche et repère | Minimum conventionnel brut mensuel | Plancher effectif 2026 |
|---|---|---|
| Syntec ETAM 1.1 (coeff. 240) | 1 815 € | SMIC : 1 867,02 € |
| Syntec ETAM 2.2 (coeff. 310) | 1 905 € | 1 905 € |
| Syntec cadre 2.2 (coeff. 130) | 2 850 € | 2 850 € |
| Syntec cadre 3.3 (coeff. 270) | 5 755 € | 5 755 € |
| ECLAT, coefficient 255 | 1 839,45 € | SMIC : 1 867,02 € |
| Sécurité privée, coefficient 150 | 2 014,63 € | 2 014,63 € |
| Expert-comptable, coefficient 260 | 2 457,83 € | 2 457,83 € |
| Hospitalisation privée, cadre de santé (coeff. 300) | 2 178 € | 2 178 € |
Deux enseignements se dégagent. D’abord, les premiers coefficients de presque toutes les grilles sont aujourd’hui « écrasés » par le SMIC : dans l’hospitalisation privée, par exemple, la valeur du point (7,26 €) n’a pas été revalorisée depuis 2023, alors que le SMIC a augmenté — la quasi-totalité des soignants de base (agents de service, aides-soignants, infirmiers) démarrent donc au SMIC. Ensuite, dès que le coefficient grimpe, l’écart avec le SMIC devient considérable : un cadre Syntec au coefficient 270 a un minimum trois fois supérieur au SMIC. La sécurité privée illustre le cas inverse : sa grille a été revalorisée de +2,8 % au 1er janvier 2026, et un agent au coefficient 150 y touche 2 014,63 € brut mensuels, au-dessus du SMIC.
Que faire si votre salaire est inférieur au minimum ?
Si votre vérification fait apparaître un écart, ne laissez pas passer : le droit au rappel se prescrit par trois ans.
1. Recalculez proprement. Reprenez votre coefficient sur la fiche de paie, retrouvez la grille en vigueur, appliquez la formule de votre branche et comparez en excluant les primes qui ne comptent pas. Conservez vos bulletins : ce sont vos preuves.
2. Signalez-le à votre employeur par écrit. Un courriel ou un courrier simple suffit dans un premier temps : indiquez le minimum applicable, votre salaire de base et l’écart constaté. Dans la plupart des cas, il s’agit d’une grille non actualisée dans le logiciel de paie, et la régularisation suit rapidement.
3. Exigez un rappel rétroactif. Le rappel de salaire est dû depuis la date à laquelle le minimum aurait dû s’appliquer, pas seulement à partir de votre réclamation. Dans la convention Syntec, par exemple, si un salarié quitte l’entreprise en cours d’année alors que sa rémunération mensuelle était inférieure au minimum, l’employeur doit compléter la rémunération versée pour qu’elle corresponde au minimum sur la période de présence réelle.
4. Respectez le délai de prescription. L’action en paiement du salaire se prescrit par trois ans (article L3245-1 du Code du travail) : vous pouvez réclamer les rappels des trois dernières années. Au-delà, les sommes sont perdues — vérifiez votre fiche de paie chaque année, à chaque nouvel avenant.
5. Faites-vous aider si l’employeur refuse. L’inspection du travail peut intervenir et constater l’infraction, et le conseil de prud’hommes peut condamner l’employeur au paiement des rappels, avec intérêts. Les organisations syndicales de votre branche accompagnent gratuitement les salariés dans ces démarches.
Questions fréquentes
Le salaire minimum conventionnel peut-il être inférieur au SMIC ?
Oui, sur le papier : certaines grilles n’ont pas été revalorisées depuis des années et leurs premiers coefficients affichent des montants inférieurs au SMIC. Mais c’est toujours le montant le plus élevé qui s’applique : si votre minimum conventionnel est de 1 815 € et le SMIC de 1 867,02 €, votre employeur doit vous verser au moins 1 867,02 € brut.
Où trouver ma grille de salaire minimum ?
Sur votre fiche de paie (convention collective et coefficient), dans votre contrat de travail, sur le Code du travail numérique ou sur Légifrance avec le numéro IDCC de votre branche. Votre employeur est tenu de mettre le texte de la convention à votre disposition.
Les primes comptent-elles dans le minimum conventionnel ?
Cela dépend de votre convention, mais en général non pour les primes exceptionnelles, d’assiduité, de participation et d’intéressement, ni pour les heures supplémentaires et les remboursements de frais. Les avantages en nature prévus au contrat comptent, eux, dans la comparaison.
Mon employeur peut-il me payer moins que le minimum conventionnel ?
Non. Le minimum conventionnel est obligatoire : l’employeur doit régulariser et verser un rappel de salaire rétroactif. Vous disposez de trois ans pour réclamer les sommes dues, et l’inspection du travail comme le conseil de prud’hommes peuvent intervenir en cas de refus.
Le minimum conventionnel s’applique-t-il aux temps partiels ?
Oui, au prorata du temps de travail : un salarié à 28 heures a un minimum égal à 80 % du minimum à temps plein (28 ÷ 35).
Que faire si ma grille n’a pas été revalorisée depuis des années ?
Vérifiez d’abord si un avenant récent existe : il est possible que votre grille ait été mise à jour sans que votre paie suive. Si la grille est vraiment ancienne, le SMIC s’applique dès qu’il dépasse le minimum conventionnel. Signalez-le à votre employeur et, si besoin, à votre syndicat : la négociation annuelle sur les salaires est obligatoire dans les branches.
Nos calculettes utiles
- Calculateur de salaire brut en net — convertissez votre minimum conventionnel brut en salaire net.
- Calculateur de temps partiel — calculez votre salaire proratisé selon vos heures.
- Calculateur d’heures supplémentaires — vos heures sup ne comptent pas dans le minimum, calculez-les à part.